‹ Le brasseur de PrestonChapitre 12 sur 63 · EFFIE, ROBINSON · texte numérisé non relu

EFFIE, ROBINSON

EFFIE, avec joie.

Vraiment, monsieur Robinson, nous allons nous marier?... j'ai besoin que vous m'assuriez encore que tout cela n'est pas un jeu, une illusion.

KOBINSON.

Oui, ma bonne Eftle; je te répète que tu vas être ma femme.

Votre femme I vrai ? je crois rêvcrl

r.OBINSON.

Dans une heure , nos deux noms seront couchés sur le grand livre de la paroisse, et jamais je n'aurai signé avec plus de plaisir.

EFFIE

Et moi donc! mais soyez tranquille, vous ne regretterez jamais d'avoir fait le sacrifice d'épouser une pauvre fille comme moi

nOCINSON.

J'en suis sûr.

EFFIE

Je vous rendrai heureux.

nOBlNSON.

Tu as ce qu'il faut pour ça.

EFFIE

Et je vous aimerai toujours.

IVODINSON.

J'en prends note... mais allons nous due ueu-

reuxl... rien ne manquerait à ma félicité si mon bon frère, Georges Robinson, le lieutenant, était là, avec nous, pour ne plus nous quitter, partageant notre gaité , nous aidant à supporter nos petites peines, faisant danser sur ses genoux ses neveux, ses nièces, car il aura des neveux et des nièces... énormément.

EFFIE

Vous m'en avez dit tant de bien que je regrette de ne pas le connaître. Écrivez-lui une bonne fois pour toutes de donner sa démission, afin de rester ici toujours avec nous.

ROBINSON

Oh! oui, toujours avec nous! {Hésitant.) Cependant, c'est drôle, mais il me semble qu'à présent...

EFFIE

Quoi donc I

ROBINSON

Rien... une idée qui me passe par la tête comme ça...

EFFIE

Je vais être votre femme, et j'ai le droit de savoir...

ROBINSON

Je me rappelais certaines petites aventures. . Vois-tu, c'est très-mal, ce que je vais te dire... eli bien! maintenant que je vais me marier, je crois que j'aimerais tout autant que mon frère resta' au service.

EFFIE

Pourquoi ça?

R0BINS0.N

Parce que je me souviens de toutes les catastrophes que j'ai éprouvées à cause de notre ressemblance extraordinaire.

EFFIE

Quoi 1 c'est parce que l'on vous a toujours pris l'un pour l'autre que vous avez à vous plaindre?..-

ROBINSON

Je suis né la victime de mon physique. Enfant, j'étais d'un caractère sage et tranquille, d'une timidité extrême, et je n'ai pas changé; c'est plus fort que moi, je n'aime pas le danger... mon frère était taquin, turbulent, tapageur; il allait sans cesse dans le voisinage faire enrager tout le monde; il coupait la queue au chien de celui-ci, il coupait l'oreille au chat de celui-là : les voisins accouraient chez ma mère; j'avais beau protester de mon innocence; ils soutenaient que c'était bien moi qu'ils avaient vu commettre la méchanceté... et ma mère m'en donnait, m'en donnait... Ui.j bénédiction 1

EFFIE, riant.

Pauvre garçon I

ROBINSON

Dans un âge plus avancé, quand j'avais le malheur de lui confier que j'avais fait les yeux doux à une demoiselle, de quoi s'avisait-il , le scélérat? il trouvait moyen de me faire manquer l'heure du rendez-vous, et, profitant de notre ressemblance, il avait l'effronterie d'y aller à ma place. EFFIE, riant.

Ah 1 ah! ah 1 c'est tres-original !

ROBINSON

Je te remercie, toi, encore!

Mais je ne vois pas que tout ça doive vous contrarier, quant à notre mariage.

R0BIN.S0N

Oui, tu ne vois pas ça, toi... mon frère n'a jamais cessé d'être brave, sensible et généreux, mais il est toujours léger, entreprenant, je dirai même assez mauvais sujet : je crains qu'une fois ici, cet extrême rapport physique qu'il y a entre moi et mon frère jumeau... l'habitude de s'amuser à mes dépens...

EFFIE, vivement.

Fi ! fi ! monsieur Robinson, c'est affreux d'avoir de pareilles idées. Croyez-vous que mon cœur puisse jamais se méprendre?

ROBINSON

Ton cœur, ton cœur serait la dupe de ton illusion! Je le répète que c'est la même taille, la même voix, la môme figure... c'est olfrayant !

EFFIE

Vrai! vous commencez à me faire peur I DUO.

ROBINSON

Il faut pourtant ici trouver quelque manière D'éviter, mon Efrie,un scniLlaLle danger: Tout doit être en commun lorsqu'on aime son frère IMais il est un bonheur qu'on ne peut partager ; Cherclions ensemble, chère Effie ; Trouves-tu.'

EFFIE

Je ne trouve rien I

J'y suis I... vraiment, j'ai du ge'nie ! Je tiens un excellent moyen !

EFFIE, riant.

Voyons, voyons ce beau moyen I

ROBINSON

Ecoute bien !

EFFIE

J'e'coule tien.

BOBINSON.

Pour e'viter une méprise

Triste, ma foi.

Quand je volerai, l'ame c'prise,

Auprès de toi, Je chanterai, ma douce amie,

Bien tendrement, Celte irlandaise mélodie

Qui me plaît tant.

Je vais te la chanter... retiens-la, mon enfant.

PREMIER COUPLET

« Montagnarde jolie,

» Voilà ton fiance!

» Re'ponds, je t'en supplie,

» A mon cœur empresse' ; » Pour que ma chasse soit heureuse, » Ah ! ne va pas me refuser, « Il me faut, ô mon amoureuse, » Un doux baiser !»

ENSEMBLE

EFFIE, liant.

Ah ! quel trait de génie !

C'est charmant ! c'est cbarinant I La ruse est bien ourdie, Très-bien trouvé, vrauaeBtl

MAGASIN THEATRAL

BOBINSON.

Vraiment, j'ai du génie, C'est charmant ! c'est charmant I La ruse est bien ourdie, Fort Lien trouvé vraiment !

EOBINSON.

A. l'épreuve à présent.

EFFIE

Commençons maintenant.

KOBINSON.

Tu m'attends, il fait sombre ! ...

J'arrive auprès de loi...

Je me glisse dans l'ombre..

EFFIE, à part.

Ah ! je sens, malgré moi, Mon cœur battre d'émoi !

ROBiNsox, « par/ .

Voyons, m'a-t-elle su comprendre.'

EFFIE, finn^j à part.

Je comprends fort bien, entre nous ; Mais vengeons-nous de ses soupçons jalovix. ! EOBINSON, s'approchanty à part.

Va-t-elle ici se laisser prendre?

EFFIE, à part, riant.

Pour le punir laissuns-nous prendre !

Robinson l'embrasse sans (/ii elle le repousse.

ROBINSON, se fâchant C'est une indignité !...

Très-bien, très-bien ,1îffie ; Ab ! quelle perfidie !

De ma leçon vous avez profilé!

'EFFIE, jouant l'e'tonneinent.

Pourquoi donc ce courroux?...

ROBINSON , ai'ec dépit.

Mais je n'ai pas chi nié !

EFFIE, d'un air naïf.

Pardon, pardon, c'est une erreur, eu vérité!

ENSEMBLE

ROBINSON, à part.

Ah l pour mon amour quel malheur !

Quelle triste aventure .' Malgré mes leçons et son cœur.

Je redoute encore une erreur.

EFFIE, riant, à pari Je ris vraiment de sa frayeur,

Me tromper de figure !

La sienne est présente à mon cœur.

Peut-il donc redouter une erreur ?

BOBIKSON.

Recommençons !

Vraiment, Je comprends à présent!

DEUXIÈME COVU-KI .

>< Montagnarde jolie, » Me voilà de retour, » Ma carnassi'ere emplie, » El mon cœur plein d'amoiii '.

» Puisque ma chasse fut heureuse, » Ah ! ne va pas me refuser, >i II me faut, ô mon amoureuse, » Un doux baiser ! »

Kcbinson s' approche pour emb rasser Rf/i'e; elle le ri-poussf rudement , et s'enjiiil.

ROBINSON, se fâchant.

C'est une indignité!

Ah ! quelle perfidie !

Très-bien, très-bien, Effie :

De ma leçon vous avez profite !

teriE, jouant l'éionnement.

Pourquoi donc ce courroux?

ROBINSON, se dépitant.

Mais puisque j'ai chantât EFFIE j d'un air naïf.

Pardon, pardon, c'est une erreur en vérité!

E>; SEMBLE

ROBINSON, avec dépit.

Ah ! pour mon amour quel malheur!

Quelle triste aventure !

Malgré mes leçons et ton cœur.

Tu feras toujours quelque erreur.

EFFIE, riant.

Rassurez-vous, car cette errcui

Est feinte, je le jure !

D'après vos leçons et mon cœur, Ne craignez jamais de malheur.

ROBINSON, vivement.

Vraiment, tu me comprenais bien ?

EFFIE, riant.

Oui, j'en convien.

ROBINSON, rassuré.

Je le le disais bien !

ENSEMBLE

J'ai vraiment du génie.

Mon moyen est charmant, La ruse est Lien ourdie ; Très-bien trouvé vraiment !

EFFIE, riant.

C'est un trait de génie.

Ce moyen est charmant, La ruse est bien ourdie ; Très-bien trouvé vraiment !

ROBINSON

Ah! Effîe! Effie ! c'est mal de m'effrayer ainsi!

EFFIE

C'estvotre faute aussi, moiisieur Robinson ; vous allez vous meltre des choses en tête... parlons plutôt du bonheur qui nous attend.

ROBINSON

Tu as raisoTi, il vaut mieux s'occuper de nos petits projets d'avenir. A propos de projets, j'en ai un : nous ne resterons pas ici pendant la lune de miel ! Nous irons passer le pi entier quartier chez mon onde, le second quartier chez ma tante, et la pleine lune chez ma cousine... ça te convient-il?

EFFIE

Adopté !

Maintenant, deux ou trois rigaudons; ensuite chez le pasteur pour notre mariage. Viens, Eflic! (Au moment oit il va Venlrainer , on frappe liolemmeni à la porte Un fond.) Tiens! qu'est-ce que c'est qi'.e ça?

EFFIE

Quelque invité en relard !

ROBINSON

C'est possible!

EFFIE, o'.urant la porte.

Entrez!

r.OEINSuN.

Eh ! c'est le sergent Toby ! linséparable de mon frère.

LE BRASSEUiî DE P^ESTON.

JV\%*tWVVV \\*V V\V 1\ <

Page 1