CHAPITRE VIII. an
dérangé les esprits de Wenemare : son iront pâlit d'inquiétude.
Il s'est rapproché de son guide.
« — Urbin , je t'ai causé bien du mal. Tu cherches à me cacher tes secrètes souffrances ; mais l'amitié ne se laisse point abuser. Tu as beau être patient avec les angoisses , et m'en vouloir éviter le partage , elles se communiquent à tout mon être. Oh ! je le pressens; ce jour, dans notre destinée , sera un rude passage à franchir. Pourquoi te débattre en toi-même, et tout seul, contre une crise orageuse de la vie ! Un poids porté à deux est moins lourd. Urbin! souffre tout haut, si tu m'aimes ! »
Wenemare s'est retourné brusquement vers l'auguste proscrit. Sa prunelle, noire comme l'ailed'un corbeau, a lancé des rayons
sinistres ; et, avec une sauvage ironie, il balbutie ces sombres paroles :
« — C'est donc vous , ici , qui avez pitié de moi ! . . . C'est vous , ici , qui avez peur pour Urbin ! . . . Me croyez- vous livré à un traître, et ma vie en votre puissance?... vous crierai-je : « miséricorde ! »
Et, repoussant le comte avec une émotion farouche, il continue d'un ton plus calme :
« — Mon printemps fut jadis sans tache ; mais cette année, cette année peut-être, dépareillant les précédentes , flétrira ma vie tout entière. »
Il s'est appuyé contre un arbre. Son accent est devenu tendre.
« — Oui , pitié ! Vous avez raison : pitié pour moi ! Louis ! pour moi seul ! Vous me