CHAPITRE VIII. ai
croyez la tête perdue, l'âme l'est aussi... Bien davantage ! Vous m'êtes pourtant plus cher que tous les biens de ce monde ; je vous préfère à tout, à moi-même. Quand votre main pressait la mienne, que j'en étais fier et heureux ! Hélas île sort, qui veut ma perte, va nous séparer l'un de l'autre. C'est la fatalité qui l'ordonne. Mais je vous rejoindrai, oui, mon prince; je ne pourrais vivre sans vous ; j'irai partout où vous serez. . . au champ funèbre, aux rives sombres. .. »
Il s'arrête : puis à voix basse :
« — Partout... Que dis-je!... hormis au ciel.
» — Pourquoi donc ces noires pensées?
interrompt le comte de Maie. Que vois -tu donc de si terrible dans l'avenir? Des obstacles ! on les surmonte ; des revers ! ils
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n'auront qu'un temps. J'ai plus de dangers à courir que toi , sur ce soi d'où je suis proscrit : Eh bien ! moi, si jeune et si frêle ! moi , près d'Urbin, je suis sans peur. »
La tempête redoublait ; les branches des vieux arbres du bois se courbaient et se rompaient de côté et d'autre avec mille bruits confus et sinistres. Le soldat d'Artevelle, ne reconnaissant plus sa route, et doublement égaré, n'avançait, ni ne reculait. Des feux errans couraient sous la nue. Urbin montre du doigt à Louis le firmament bouleversé.
« — Regardez ! lui dit- il complètement hors de lui, regardez ce ciel crevassé d'éclairs ! C'est une campagne brûlante à l'infini. Ce vent, c'est le hourra des damnés. Cet affreux chaos , c'est mon âme. Tout cela me crie : Oà vas-tu ? »