‹ Le brasseur roi;Chapitre 99 sur 141 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ment des rivières : les voyageurs ont été obligés de faire un énorme circuit pour se rendre à la maladrerie d'Oudenbourg. Il leur a fallu traverser un large marais , les pieds dans l'eau jusqu'aux genoux, puis gravir un mont escarpé. Wenemare pressait sa marche.

Le prince a ralenti ses pas.

« — Quelle pénible traversée ! dit - il à son guide muet. Je commence à croire que si j'échappe ici à toutes les menaces de la terre, c'est que Dieu mettra de l'obstination à me conserver la vie. Du reste, j'ai pris mon parti avec les souffrances; une familiarité douce et intime finira peut-être par s'établir entre elles et moi. N'osant en pleurer, j'en veux rire.

» — Rire ! a répété Urbin d'une voix à

éclat infernal , rire ! qui , vous ! . . . et devant

2io LE BRASSEUR ROI.

moi ! . . . en tels lieux , à pareils momens ! . . . Ce mot, c'est défi , c'est insulte. »

La figure et les paroles de Wenemare n'ont rien d'un état naturel. Il se passe en lui une de ces luttes dévorantes qui usent en quelques minutes de longues années d'existence. Ses traits expressifs sont désordonnés par un désespoir inconnu ; c'est moins morne que l'égarement, c'est plus actif que la douleur; c'est quelque chose de poignant et d'impitoyable qui saisit au cœur et le brise.

Louis , pétrifié d'étonnement , regarde fixement son frère d'armes. Il s'est rappelé les efforts presque surnaturels d'Urbin, lorsqu'il luttait contre les vagues , et qu'il le sauvait du naufrage ; il se persuade que les fatigues du corps, jointes aux commotions de l'âme, et toutes portées h l'excès, ont

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