CHAPITRE VIII
Le fils des rois recule effrayé. Les battemens de son cœur se paralysent. Il écoute les paroles d'Urbin tomber, et retentir dans sa pensée, comme pour essayer de les comprendre. Il reste muet et glacé.
Wenemare, la tête penchée sur sa poitrine, a pressé de nouveau ses pas. Le prince s'efforce de le suivre ; mais , au milieu du désordre des élémens , il lui semble que l'horizon se ferme, que la nature court , que la terre fuit et qu'il se perd aux champs de l'espace. Il croit voir la forêt entière, tournant en cercle autour de lui , former une ronde magique ; il n'a plus , ni l'idée véritable de ce qui lui advient, ni le sentiment positif de ce qu'il éprouve. Les choses des sens se croisent et se heurtent en lui, mêlées avec les choses de l'âme. Il va , tourbillonnant au hasard , dans une
sphère fantastique, à travers deux sortes de tempêtes, celle des cieux et celle du cœur.
Une voix soudaine a tonné.
« — C'est ici, [nous voilà au but. »
Le soldat d'Artevelle est au pied d'une montagne au sommet de laquelle on aperçoit un vaste édifice.
(( — Quel est ce bâtiment ? dit le prince. » — La maladrerie d'Oudenbourg.
. » — Et , à mi - côte, sur la gauche, quel est ce pieux monument?
» — La chapelle des Mariniers.
» — Allons-y prier.
» — Pas encore. »
Et ces mots étaient les mêmes qui retentissaient à l'oreille du comte de Maie , au moment où la mort s'élevait du milieu des flots pour engloutir le naufragé.