CHAPITRE VIII
Des gouttes de sueur froide coulaient du front de Wenemare. L'instant décisif était venu. La victime était arrivée au lieu du sacrifice. Urbin a senti se rompre les dernières fibres de son cœur. lia semblé , par un geste suppliant , demander aux nuages apportés par l'ouragan la grâce d'un coup de tonnerre. Mais les nuées , passant inflexibles , ont dédaigné de le frapper .
Son cerveau est vide et bourdonne. Il jette autour de lui un de ces regards désespérés, devant lesquels toutes les volontés de la nature se briseraient', s'il y avait compassion chez elles.
« — Prince ! asseyez-vous là ! s'écrie-t-il, une pause au bord de l'abîme.
» — De l'abîme ! que veux-tu dire ?
» — Rien , je n'ai rien dit , rien encore. »
Mais l'auguste et malheureux proscrit
2i8 LE BRASSEUR ROI.
n'était plus en état de l'entendre. On dirait ses membres gelés, leurs jointures se sont raidies. Il s'est assis machinalement sur le tertre que lui indiquait Urbin , s'y étend avec un sourire de mort; et, fermant sa paupière comme si le sommeil l'appesantissait , il tombe dans un engourdissement léthargique, sans mouvement, sans douleur, sans vie. Ces derniers mots couraient sur ses lèvres.
« — Tu as dormi aussi sous ma garde. » Et son repos est funéraire.
Le vent poussait les nuages avec trop de violence pour que la pluie pût s'ouvrir un passage. Le ciel était de couleur jaunâtre. L'orage était sec et brûlant. L'atmosphère était sulfureuse.