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CHAPITRE VIII

Urbin , aussi noir que l'esprit des sombres rives , semblait appeler les ténèbres comme son domaine futur , sa région dans l'éternité. Debout, près du prince endormi, il avait l'œil sur son poignard. Sa main, froide et convulsive , a redressé ses cheveux sur sa tête comme un diadème infernal.

« — Oh î mon serment fait devant Dieu ! murmure-t-il avec épouvante ; serait-ce un pacte avec le démon ?. .. . N'importe ! il faut qu'il s'accomplisse. »

Il a tiré son fer de l'étui.

« — Quelle figure gracieuse ! poursuit-il d'une voix hachée. Quoi î égorger ainsi de sang-froid un être si tendre et si doux ! . . . . Moi, qui dormais hier sous sa garde!.... et lui , lui qui m'a tant aimé ! . . . . »

Il lève son bras vers le ciel.

« — Le tuer!.... O mou Dieu! mon

aao LE BRASSEUR ROI.

Dieu ! vous ne le souffrirez pas ; c'est trop horrible, n'est-il pas vrai?... Point de réponse! Où êtes-vous? N'avez-vous pas la foudre à vos ordres? N'êtes-vous pas le père des hommes? la toute-puissance? la justice? Je suis là; je tiens le poignard! Regardez! il est temps encore! Montrez-vous donc : empêchez le crime. Si je frappe , il n'y a pas de Dieu ! »

La lame du fer homicide scintille à la lueur des éclairs. La tête égarée du soldat n'a plus de place que pour la pensée du meurtre.

« — Allons, finissons-en! s'écrie-t-il ; allons ! lui d'abord , moi après ! »

Il se penche vers le jeune homme.

« — Comme il est pâle ! reprend-il, pauvre enfant ! je veux l'embrasser : cela est-

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