CHAPITRE VIII
» — Horreur ! . . . Quoi ! tombé dans un piège ! . . .
» — Oui, malheureux î je t'ai trahi. Je n'ai été m'enlacer à toi que pour te dévorer. Je ne t'ai entouré d'adorations que pour mieux arriver aux vengeances. Point de cris, Je suis sans pitié. Néolie doit m'être rendue dès que ton sang aura coulé ; j'ai fait serment sur l'hostie sainte de t'égorger ici aujourd'hui. C'est l'heure, le lieu, défends-toi. »
Urbin lui présentait son épée. Le comte de Maie l'a prise machinalement, et la regarde d'un œil fixe. Puis , la cassant sur son genou, il en jette au loin les éclats.
« — Tue-moi, répond-il, je suis prêt.
Tu viens déjà de m'ôter la plus chère moitié de ma vie en te brisant ici dans un meurtre; tu auras peu de peine à m'arracher l'autre, je n'en fais nul cas maintenant. Plus d'illu-
a3o LE BRASSEUR ROI.
sions, plus de carrière. Le sentiment éteint, tout est mort. Allons ! j'en ai assez de ce monde. Frappe ! c'est toi seul quejeplains.» Mais la voix formidable de Wenemare a couvert ces derniers accens. Son regard est celui du tigre.
« — Tu refuses de te défendre ! Ah ! tu apaises mes remords ! T'immoler n'est plus un si grand crime ; la Flandre en toi perd peu de chose; tu n'étais, je le vois, qu'un lâche.
» — Qu'un lâche ! . . . a répété le comte en relevant un front plein de majesté , d'indignation et d'audace. C'en est trop î un fer ! combattons ! »
Il a tiré précipitamment sa dague. Une horrible lutte s'engage. Louis y déploie l'adresse du gladiateur et l'intrépidité du héros. Le meurtrier s'est laissé atteindre