CHAPITRE VIII
Bertrade est auprès d'Artevelle.
« — Vous, en ce lieu ! lui dit le Brasseur Roi ; qu'y venez-vous faire ?
« — Mon devoir. »
La noble veuve s'est tournée vers les religieuses qui l'accompagnent.
« — Prodiguez vos soins au blessé. Mes sœurs ! c'est votre saint ministère. Qu'on porte au couvent ce jeune homme.
» — De quel droit? s'écrie Artevelle.
» — Reward! je suis ici sur mes terres. Cette seigneurie m'appartient ; nul n'y doit commander que moi. »
Mais, tandis que les sœurs de la Maladrerie, penchées sur le corps de Louis, étanchent le sang qui coule de sa blessure, et achèvent d'y poser un premier appareil, Wenemare s'est élancé vers les hommes
a36 LE BRASSEUR ROI.
d'armes de Bertrade. Sa voix sonore a retenti.
« — N'avez-vous pas entendu les paroles de votre dame ? quon porte au couvent ce jeune homme ! obéissez donc à ses ordres.
» — Non , crie le tyran furieux ; non , ce corps ne peut m'être enlevé. Il m'appartient, il est à moi,
» — S'il est mort , lui répond Bertrade, il n'est point à toi, il est à Dieu. S'il peut revenir à la vie, il m'appartient : il est chez moi.
» — Arrière ! interrompt Jacque hors de lui. Un caprice de femme ne saurait être une loi pour le souverain d'un royaume. Archers de la ville de Gand ! saisissez-vous du corps de cet homme.
» — Gens de la seigneurie d'Oudenbourg ! dit Bertrade avec énergie , défendez vos pri-