‹ Le brasseur roi;Chapitre 115 sur 141 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

serait compromettre son autorité, ce serait même risquer de se perdre , que de vouloir lutter contre l'entraînement ge'néral qui pousse autour de lui les esprits vers le droit, l'innocence et le malheur. Il vaut mieux feindre la clémence. Ne pouvant abattre, il faut plier. Il cède aux volontés de Bertrade.

Mais son parti est pris en secret. Il enverra chercher dans la nuit quelques bandes féroces et dévouées, dont il dirigera les fers à son gré (1). Il fera, en attendant leur

(1) Une bande de meurtriers suivaient partout Jacque Àrtevelle. Il n'avait qu'un mot à dire, qu'un geste à faire , et à l'instant même ceux dont il voulait se défaire étaient assassinés : ils étaient quatre-vingts bien déterminés , qui s'éloignaient rarement du tyran. Le peuple avait cru que ce monstre, qui jouait le républicain, allait leur donner l'âge d'or de la liberté. Mézerai , in-fol., t. i, p. 769. — Daniel, t. 5, in-4-, p. 3i3. — Froissard, t. 3. — Anquetil, t. %, — Levesque, la France sous les Valois, t. 1.

u4a LE BRASSEUR ROI.

venue, garder soigneusement les portes du couvent , pour que le prince ne puisse être soustrait à sa fureur ; et, le lendemain, vers l'aurore, Louis sera sous la pierre des tombes.

Dès les premiers jours de la semaine sainte , Bertrade , tout entière à l'idée d'arracher le comte de Maie au poignard assassin , avait couvert le pays de détachemens armés ; et les chefs de ces petites troupes ,

parmi lesquelles se distinguait Cœur d'Acier, avaient reçu l'injonction d'arrêter et de conduire à la maladrerie d'Oudenbourg tous les voyageurs inconnus.

Gérard Denys, de son côté, s'était rendu sur les côtes d'Ostende, et y faisait les mêmes perquisitions dans le même but. Hélas ! la tempête qui avait dispersé les bâtimens en mer , ayant jeté le prince et Wenemare sur une plage écartée, les avait soustraits à tous les regards. Aucun des vassaux de la noble veuve ne s'était trouvé à même de remplir avec succès sa mission de salut. Les vents, le tonnerre et la pluie avaient rendu les routes désertes et impraticables. Bertrade ignorait le jour positif où le soldat d'Artevelle devait arriver à la chapelle funèbre ; mais des sentinelles placées sous les murailles du monastère, avaient

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