‹ Le brasseur roi;Chapitre 119 sur 141 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La frayeur même de l'orpheline ajoutait encore à ses attraits. Il y avait de l'enchantement jusque dans les pénibles mouvemens de sa poitrine ; la blancheur de sa peau était transparente. L'amour, éclair à double effet qui non - seulement brille mais brûle, l'amour a repris sur Wenemare toute l'étendue de son empire. Son regard, comme un trait de flamme, a passé sur la jeune fille, semblable au rayon du soleil traversant la glace. Il respirait pour ainsi dire son haleine, il sentait sa voix à venir, il écoutait sa pensée secrète. De noirs pressentimens lui parlaient. La dilatation extraordinaire de tout son être, en ce moment de joie et d'alarmes, donnait quelque chose de diabolique a son inquisition passionnée : il y avait là horreur et amour.

« — Néolie ! s'écrie- t-il enfin, n'avons-

nous pas un mot à nous dire ?^ L'absence est-elle pire que la mort ?... Regarde-moi : un peu de pitié ! Vois, j'ai vieilli... j'ai tant souffert! Toi, tu es restée toujours belle: tu n'as donc pas pleuré , Néolie ? »

La nièce d'Hamstède a posé sa main brûlante sur son front , comme pour isoler ses pensées , et comme redoutant une communication secrète entre elles et Wenemare.

« — D'où venez-vous, Urbin? répondelle. Pardon! je ne sais plus où je suis. J'ai peur... j'ai froid... je me sens mal. N'avezvous pas du sang à vos mains?

» — Du sang !. . . quel mot affreux ! Néolie. Vous saviez donc que notre réunion dépendait d'un assassinat?... Vous étiez donc initiée au crime?...

» — Est-il mort? dit la jeune fille.

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