CHAPITRE I. ai
Wenemare, l'œil fixé sur elle ^ ne contemplait ni les riches pierreries ni la parure somptueuse qui resplendissaient sous sa mante. Que lui importaient ces rubans , ces velours, ces broderies, ces parfums, qui réunissaient à tous les charmes de la nature, toutes les séductions de l'art ! Son regard scrutateur et muet , cherchait à comprendre par quel étrange effet du sort , cette rose mystérieuse venait d'être enlevée si brusquement à sa tige. La princesse avait repris ses sens ; et, par un sourire languissant, avaitfait parler sa reconnaissance. Son front , plié par la frayeur et la fatigue, ne présentait qu'une vague résistance aux premiers coups de l'adversité. Mais que sa faiblesse était touchante! il y avait une suavité angélique dans son inexplicable infortune , et toute une poésie de pudeur dans ses gestes silencieux. Cette jeune femme, née sons l'her-%
mine, et portant des habits de reine , semblait , sous l'humble toit de. Bertrade , une des Grâces de l'Albane , dans un des ateliers de l'artiste : ou plutôt, au fond de l'antre obscur de quelque jeune derviche, un rêve oriental de l'amour.
Bertrade , en ses divers pèlerinages à Notre-Dame de Matines , avait visité le Brabant. Le hasard l'avait réunie plus d'une fois à la pieuse Marguerite; et la princesse l'a reconnue.
« — Dieu soit loué ! dit-elle. Bertrade !
» — Oui , c'est moi ; calmez vos esprits. Mais vous étiez à Gand , chez nos princes. Que vous est-il donc arrivé?... d'où venezvous ? pourquoi cette fuite ?. . .
» — Eh quoi ! interrompt Marguerite , vous ignorez encore l'horrible catastrophe de Gand? La révolte y est triomphante ; le peuple est maître, et le sang coule.