CHAPITRE I. a
» — Le sang coule! » s'écrie Urbin.
Et se retournant vers la veuve :
« — Mon pronostic!... qu'avais -je annoncé! »
Sa main a hérissé ses cheveux. Une idée menaçante a traversé son esprit; et sa figure hautaine a souri intérieurement à une implacable espérance.
L'attention de Marguerite s'est dirigée sur lui. Sa voix avait une harmonie profonde qui remuait l'imagination. Le regard inquiet de la princesse a rencontré l'œil sombre d'Urbin. Son front se baisse; elle a pâli.
« — Mais , reprend Bertrade alarmée, notre souverain a des troupes ; son nom , sa vaillance , ses forces. . .
» — Ont succombé devant l'émeute. La ville est au pouvoir des rebelles. La populace soulevée s'est emparée du palais ; a
chassé son prince légitime , et s'est choisi
pour maître un brasseur (j).
» — Artevelle ! s'écrie Wenemare.
» — Lui-même: il domine le peuple. Le peuple vainqueur est présentement à ses pieds, haletant , hurlant, ricanant, pleurant. Le peuple est à lui corps et âme (2).
» — Où donc est Louis de Ne vers? a demandé la veuve accablée.
» — Il a voulu lutter quelques instans
(i) Ce grand événement est tellement connu, que toute note est inutile. ( Foy. les historiens de l'époque.)
(a) Voici son portrait par un écrivain moderne « Artevelle sut flatter la multitude et lui en imposer , » exciter ses fureurs et les modérer, être injuste et » féroce comme elle, pour lui paraître ami delajus- » tice. Comme il ne paraissait animé que de la vo- » lonté du peuple, il le plia d'abord à toutes ses volontés. » Tyran farouche, il avait une bande d'assassins à ses
» ordres Les Flamands supportèrent en trem-
» blant son empire pendant quelque temps, parce que « c'était un tyran de leur choix. (Levesque, la France » sous les Valois , t. i , p. 433 et suiv.)