‹ Le brasseur roi;Chapitre 122 sur 141 · CHAPITRE IX. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. a

quoi demanderais-je d'où tu viens ? tu n'émanas jamais que du ciel . »

L'orpheline tombe à genoux.

« — Reprends ton fer! dit-elle; tue-moi! Il n'y a rien ici de céleste. Sois sans pardon, sois sans pitié : je ne suis plus digne de toi. »

Puis, se tordant les mains, elle ajoute:

« — La vierge sans tache est flétrie. »

Wenemare, éperdu, s'était baissé vers elle pour la relever... mais à ces derniers mots il recule. Son teint , déjà naturellement basané , a pris des teintes africaines : c'est le Maure aux gestes féroces.

« — Flétrie! répète-t-il, et par qui ? » — Par le fils de Jacque Artevelle. »

Oui peindrait la rage d'Urbin! Tout ce que l'horreur et le désespoir a de plus poignant et de plus atroce se peint sur sa figure décomposée. Trois fois sa main a retiré le poignard de sa ceinture, trois fois il a rugi sans frapper. Il court ça et là autour de l'infortunée, demi-morte à ses pieds. Ses lèvres sèches n'ont point de paroles ; ses paupières rouges n'ont point de larmes.

« — Urbin! dit tout bas Néolie, souvienstoi des dernières paroles que tu m'adressas à Ridervode : Si tu cessais de m' être fidèle ,

je jurerais de t' immoler y et alors alors

tu mourrais ! »

Wenemare, de son bras de fer, a saisi la nièce d'Hamstède; il l'a relevée violemment; il l'a rejetée sur un siège; puis debout, et vis-à-vis d'elle, il a repris avec dédain.

« — Quand j'irais maintenant fouiller

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ton être avec ma dague , quelle flamme pure y trouverais-je à éteindre ! quel sentiment tendre y trouverais-je à étouffer! Je nem'abaisseraipointà frapper de l'ignoble; il faut à mes coups de l'infâme : je ne veux tuer que les Artevelle. Toi , tu vivras! je te fais grâce. »

L'orpheline est sans mouvement.

« — Misérable! continue-t-il en promenant un regard de compassion sur les charmes de la jeune fille dont la touchante pâleur, les lèvres vermeilles et les blanches épaules brillaient d'un éclat enchanteur : misérable ! être restée belle ! »

Il s'était éloigné, il revient.

« — Non, je ne me prendrai pas à te plaindre. O INéolie! ÎSéolie! une compagne

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aimante et fidèle était tout pour moi sur la terre : asile, bonheur, trésors et patrie; tu m'as ravi ma fortune de cœur ; tu as dévasté, dans leur carrière, et mon avenir d'espérances , et mon présent d'illusions ; tu viens de tuer en moi jusqu'à la puissance d'aimer; tu m'as jeté, flétri comme toi, hors des sphères du sentiment. Malheureux , que me

reste-t-il? le remords? non, je n'en ai

pas. Le remords ! ce serait une vertu : la porte en est fermée devant moi. Me voici venu à ne rien sentir; je crois même que je ne souffre plus. J'ai déjà un pied au néant.»

Néolie relève sa tête; elle a repris quelque courage.

(( — Je croyais être son épouse. Philippe Artevelle m'avait conduite à un semblan t d'autel , devant un simulacre de prêtre ; l'hymen me parut solennel

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