CHAPITRE IX. i
comme parole d'amour , il ne peut plus y en avoir entre nous.
» — Tu l'as décidé, toi! parjure! je n'avais pas encore osé le dire : plus rien entre nous! C'est bien, pars ; mais garde-rtoi de jamais te rencontrer sur mon passage; le doigt levé , je crie à la foule : « La concubine d1 Artevelle ! »
» — Et moi, te montrant à mon tour, a répliqué la jeune fille , n'ai-je pas ma réponse prête : « L'assassin du comte de Flandre! »
L'infortunée avait réuni toutes ses facultés pour articuler ces derniers mots. Elle a succombé à l'effort 3 elle est tombée d'une seule pièce et toute froide sur les degrés qui descendaient de la sacristie à la chapelle. Urbin se précipitait vers elle en ce moment avec je ne sais quelle intention féroce , car
sa main était su r sa dague ; illa voit étendue sur le sol : sou corps lui barre le passage.
Urbin, l'œil sec, le front hagard, remue du pied la jeune fille.
« — Ce n'est pas moi qui l'ai tuée, murmure froidement le barbare. Je suis vengé. Morte ! tant mieux! »
Et , détournant la tête , il s'enfuit.
De nombreuses voix retentissaient au milieu d'un des carrefours de la forêt d'Oudenbourg; un détachement de routiers se reposait, sous les arbres , des fatigues de la journée.
Le firmament scintillait d'étoiles ; la nuit, belle du combat mystérieux de ses ombres et de ses lumières, couvrait les vallons et la plaine.
Les hommes d'armes murmuraient. ;
« — Cœur-d'Acier ! disait l'un d'entre eux ? quand finirons-nous donc de battre la campagne en pure perte? Par les reliques de St-Macaire , qui sauvent les Gantois de la peste (-1 ) ! nous faisons besogne chétive. Piétinage sans estocade , est-ce là métier d'hommes de guerre!
» — Gérard Denys , reprend un autre ,
(i) Au onzième siècle, il régna à Gand une peste affreuse qui enleva plus de 600 personnes par jour. On rapporte que cette ville fut délivrée de ce fléau par les prières et par l'intercession de saint Macaire , dont les reliques furent déposées dans une chapelle qui existe encore au milieu du château des Espagnols.