‹ Le brasseur roi;Chapitre 14 sur 141 · CHAPITRE I. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. a

contre les flots de l'insurrection ; mais, abandonné d'une partie de ses défenseurs , il a fui du côté de Bruges.

» — Et son fils, le comte de Maie ?

» — lia suivi les pas de son père.

» — Vous étiez restée seule au palais ?

» — Oui , pendant les premières attaques. Tout à coup, à la nuit tombante, les rugissemens de la victoire populaire se rapprochent de ma demeure. Séparée de mon père , qui combattait pour les princes de Flandre, j'étais sans appui, sans défense. J'allais périr, livrée aux bourreaux... lorsqu'un de mes vieux serviteurs, Brabançon dévoué, vint m'arracher des murs du palais. Il s'était procuré deux chevaux ; et à la faveur des ténèbres , je pus m'échapper de la ville. Ignorant la route de Bruges, j'errai long- temps dans la campagne. J'allais ex-

pirer de fatigue : Bertrade, vous m'avez sauvée! »

Le regard de Marguerite s'est tourné de nouveau vers le neveu de Gérard Denys. On ne pouvait lire à pages ouvertes sur ce mâle visage, où se heurtaient trop d'émotions tumultueuses et trop de sentimens passionnés j mais il était facile d'y découvrir cette haute intelligence d'une âme audacieuse qui saisit l'espace et le9 temps comme née pour y prendre un rôle , cette supériorité de génie que la Providence jette à certains mortels , comme pour prouver aux apôtres du nivellement le mensonge de l'égalité. La main de Wenemare s'appuyait sur la coquille ciselée à jour d'une forte rapière. Les touffes épaisses de ses cheveux noirs étaient bouclées des deux côtés de son large front; et une barbe rude et bleuâtre encadrait le bas de sa figure. La physionomie de cet

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