CHAPITRE X
fardeau ne lui pèse rien. Le dévouement, l'espoir, le remords, ont fait trois géans d'un seul homme, trois courages d'un même cœur.
Ses yeux reluisaient dans les bois comme deux flambeaux phosphoriques. Ses pas , sans se tromper et se perdre, se choisissaient les sentiers inconnus avec un instinct tenant de la magie. Un souffle enflammé, s'exhalant de sa poitrine haletante, semblait l'envelopper d'une émanation vivifiante. On eût dit à voir ce brûlant courrier identifié à cette froide dépouille, que les deux choses n'étant plus qu'une , formaient un être double et complexe, moitié salamandre, moitié gnome , moitié vie et moitié néant.
Il est aux deux tiers de sa route. Une
idée soudaine l'arrête : Louis respire-t-il encore ? Il l'assied doucement à terre, l'appuie contre le tronc d'un vieux chêne , s'est agenouillé devant lui ; et, débarrassant son visage du drap qui le recouvrait, il l'appelle d'une voix tremblante.
« — Louis! cher Louis ! m'entends-tu ? » Le prince a entr'ouvert sa paupière. II a vaguement reconnu l'accent de son compagnon d'armes. Il le regarde , à la clarté scintillante des étoiles , avec une surprise mêlée d'égarement; et sa bouche essaie quelques mots.
« — Une forêt!... tout nu !... Wenemare !
» — Dieu ! je te remercie! crie Urbin. Il me nomme, et n'a pas frémi. Ah! c'est le pardon commencé.
» — Wenemare!... répète le comte. Où suis-je?