CHAPITRE I
homme singulier , beau de puissance et de mystères, avait quelque chose d'attractif et de persécuteur qui, s'emparant de la curiosité des femmes , les poussait à l'admiration. Son ascendant parmi les hommes était non moins inexplicable : leurs volontés, pliant à sa voix, subissaient, au gré de son vœu , la contagion de ses pensées.
Les grands lui étaient odieux. Leurs privilèges, auxquels il ne pouvait atteindre, indignaient son jeune courage. Urbin, né parmi les chevaliers flamands, eût été un héros du nord : il le sentait au fond de luimême ; mais, né parmi la bourgeoisie, il n'était appelé, par son origine, qu'à être un riche commerçant. Or, c'était la gloire, et non l'or, qui pouvait remplir son grand cœur.
Marguerite avait été promise en mariage, dès l'enfance, à Louis de Maie, fils du comte
a8 LE BRASSEUR ROI.
de Nevers (I). Le duc de Brabant, veuf, et avance en âge, se séparait peu de sa fille. Il avait voulu passer par Gand à son retour d'un long voyage avec elle. La révolte d'Artevelle ayant éclaté alors même, il s'était mis à la tête de quelques hommes d'armes pour défendre son auguste allié. Le hasard des combats l'avait poussé hors de la ville ; et tandis qu'il luttait contre les rebelles sur la grande route de Bruges , sa fille fuyait , éperdue, du côté des bois d'Everghem.
Bertrade a fait préparer à ses hôtes un repas modeste et frugal : la princesse y a peu fait honneur. Elle veut repartir pour Bruges; elle compte y retrouver son père.
(( — Ces contrées , dit-elle à Urbin, me sont inconnues, ainsi qu'au fidèle serviteur
(i) Hisl. de la Flandre, par Jules Van Praet, t. 2, p. 11.