‹ Le brasseur roi;Chapitre 16 sur 141 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

qui m'a accompagnée jusqu'ici : j'aurais besoin d'un guide, d'un brave.

» — Un seigneur banneret, répond brusquement Wenemare, peut seul servir de chevalier à une princesse royale. Je ne suis pas noble, madame.

» — Urbin ! a répliqué Bertrade , est-il besoin d'être d'antique lignage pour avoir le droit de prêter secours à une illustre infortune? Le courage et le dévouement sont de toute classe ; l'honneur égalise les rangs. »

La fille des souverains a redressé son front avec une dignité imposante.

« — Je partirai seule, dit-elle. Les femmes, en temps de révolution , changent de rôle avec les hommes. Le sexe fort, transigeant avec le parti de la trahison , passe aux camps de la couardise ; le sexe faible , dévoué à la cause de la justice , monte au poste de la

3o LE BRASSEUR ROI.

bravoure. Restez ! je n'ai besoin de personne. »

La physionomie de Marguerite avait pris, en prononçant ces paroles , une énergie extraordinaire. Son âme était faite pour les grandes inspirations et les sublimes sacrifices; mais sa nature languissante n'avait été créée que pour les tendres affections et les tranquilles délassemens. Sa constitution frêle et sa santé chancelante venaient constamment paralyser en elle les élans de l'imagination. Elle a voulu sortir de la salle : son pas est indécis et tremblant. Hélas ! dans toute sa personne , il n'est de fort que sa pensée.

« — Qu'elle est heureuse , la comtesse de Monfort ! reprend-elle d'une voix découragée. Son corps a été fait pour son âme. Elle joint la vigueur de l'homme à l'abnégation de la femme. Elle a le génie d'un

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