‹ Le brasseur roi;Chapitre 22 sur 141 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

profit; il ne reculait devant aucune souillure quand For était au fond de la fange. Il parlait beaucoup et disait peu, promettait tout et ne donnait rien. La profondeur de ses vues sur le mensonge et la déloyauté, comme moyens de faire brèche dans les monarchies, était chose en lui singulièrement remarquable ; et personne ne s'entendait mieux que Jacque à fouiller dans les bassesses d'autrui pour en tirer butin à son compte (/1). La révolte avait éclaté; le célèbre brasseur était enfin parvenu au but de ses longues espérances. Le comte de Flandre était en fuite, et le traître montait au trône.

(j) Kronyhe Van Vlaenderen. — Oudeglierst, A un. de Flandre. — Meyeri, Ann. Flond. — Froissard, t. 2 , ch. 3. — Hist. générale de la Belgique, par M. Dewes, t. 3 , p. 178. — Mézerai , Hist. de France, in-fol., t. 1 . p. 769. — Daniel, Hist. de France, in-/( , t. 5 , p. 3i3. — Ânquetil, i. ?. — Levcsqne, la. France .sous les Valois , t. 1 , p. 433 et suiv.

C'en est fait ! le peuple de Gand , vil esclave d'Artevelle, s'essaie à la souveraineté. Il fait à la fois du féroce et du magnanime ,, de la rage et de la clémence. Il tue , il épargne , il pille , il donne, il se venge, il fait grâce ; et, paré de ces glorieuses abominations, il couronne le tyran , dont la griffe ne tardera pas à s'enfoncer toute rouge dans ses chairs (1). La grande cité , chaudière de sang, est comme posée sur des flammes:

il n'y va bouillir que des cendres.

(i) Mézerai, Hist. de France , in-fol., t. i, p. 769. — Daniel, Hist. de France , in-4 , t. 5 , p. 3i3. — ■ Froissard , ch. 3.

Des fanfares, des cris de victoire, et le carillon des cloches, venaient de réveiller en sursaut les habitans de la petite ville de Rider vode. Des bandes armées, arrivées de Gand dans la nuit, y proclamaient à son de

trompe le triomphe de la grande insurrection populaire. Le nom de Jacque Artevelle, accompagné des vivat de la multitude, retentissait de toutes parts. Les joies de la désorganisation éclataient sur les figures stupidement féroces des ennemis de l'ordre public. Les magistrats se consultaient avec effroi. La populace était radieuse : une révolution démocratique, à ses yeux, était le droit acquis de braver toutes les supériorités, de renverser toutes les lois, et de se rire de tous les devoirs. Artisans, taverniers , maiendrins , écoliers, mendianset filles de joie, hurlaient sur les places publiques le mot d'usage : liberté , mystification obligée de toutes les saturnales de la révolte.

Il en était de même dans presque toutes les villes de Flandre : c'était à qui ferait le plus d'enthousiasme sur ce qu'il était con-

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