CHAPITRE III. 5i
boutiques. Les denrées et marchandises ne porteront blasons et couronnes, qu'en l'honneur des chefs du commerce. Le manant pourra faire de la chevalerie tout aussi bien que le gentilhomme. On pendra le noble et le riche au même gibet que le vilain et le pauvre. Tout sera nivelé, raccourci , nétoyé , fondu et mêlé , à la plus grande gloire des ateliers, fabriques et magasins. Vive à jamais le Brasseur-Roi !
» — Quoi ! dit Néolie étonnée, Gand est vraiment au pouvoir de Jacque Artevelle ?
» — Et je m'en réjouis pour ma nièce.
» — Pour moi ?
» — De grands destins nous attendent.
» — Je ne vous comprends pas , mon cher oncle.
» — Le fils d'Artevelle t'adore. Philippe est au sommet des grandeurs. »
La vierge naïve a rougi.
« — Philippe! ... Ce n'est pas lui que j'aime.
» — Je le sais ; tu préfères Urbin , le neveu de Gérard Denys : tant pis ! ce gaillard me déplaît. Il est indomptable comme un taureau sauvage, sournois comme un moine quêteur...
» — Et brave comme un fils de France , a interrompu l'orpheline.
» — Je déteste les fils de France, réplique le négociant. Haine et mort aux lénianen{\) !
» — Philippe Artevelle, a repris timidement Néolie , ne pensera plus à moi désormais. Devenu héritier d'un sceptre
» — Il viendra le mettre à tes pieds.
» — J'en doute.
(i) Nom donné aux partisans des lis.