‹ Le brasseur roi;Chapitre 27 sur 141 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

que par cette froide tranquillité de manières^ sous laquelle les femmes savent si bien réfugier le trouble secret de leur âme : tranquillité qui glace un amant, quand l'expérience lui manque.

Une question inattendue a déconcerté le jeune homme.

<( — Et la princesse de Brabant !..... pourquoi ne me parlez-vous pas d'elle?

» — Que signifient ces mots! répond-il. A quel propos ce nom dans notre entretien? Quel intérêt prenez-vous à Marguerite ? Que nous importent ses destinées ?

» — Point de feinte, messire Urbin. Il n'y a rien de honteux à avoir été toute une nuit le servant d'armes d'une grande dame. Ce serait petitesse d'en faire parade ; mais ce serait lâcheté d'en rougir.

y> — Aussi, a répliqué Wenemare, je ne ne m'en vante ni ne m'en cache. Une

femme, princesse ou non , qui réclame mon assistance, y a un droit acquis et certain. Je ne connaissais pas Marguerite. Le hasard des événemens Ta offerte à moi délaissée, errante, seule et sans secours. Je l'ai sauvée : j'ai dû le faire. Je l'ai conduite jusque à la ville de Bruges , où elle est maintenant en sûreté près de son père ; et mes devoirs d'homme sont remplis.

» — La nuit fat périlleuse sans doute.

» — Pas assez pour le cœur d'un brave.

» — Marguerite est, dit-on, bien belle.

» — Je ne l'ai que peu regardée. Les ténèbres étaient épaisses , et sa mante l'enveloppait.

» — On vante l'harmonie de sa voix.

» — Je n'ai pu y prêter l'oreille ; les vents sifflaient autour de nous , et la pluie tombait à torrens. »

Ces réponses, faites avec autant de natu-

Page 1