CHAPITRE III
suspendu à sa réponse , il semblait respirer son haleine et vouloir articuler ses paroles. L'orpheline a remarqué son extrême agitation; mais, soit candeur, soit insouciance, elle a paru y peu compatir.
« — Votre langage effraie mes esprits , dit-elle enfin d'une voix lente. Je ne m'attendais ni aux accusations ni au blâme; ma vie me paraissait sans reproche.
» — Elle l'est, je n'en fais aucun doute, a reparti le fougueux Urbin. Mais , je l'avouerai librement, l'amour m'épouvante aux régions moyennes, quand il descend des hautes sphères. La passion sans le respect est peu flatteuse pour celle qui l'inspire. Il est des mésalliances de sentimens comme il en est de rangs et de noms. Une flamme qui, au lieu d'être un tendre élan de vertu, n'est qu'un vil souffle de volupté, dégrade les deux cœurs qu'elle brûle.
)) — Qui vous dit que l'on m'aime ainsi ?
» — Ah! Néolie, quelle réponse ! s'écrie Urbin avec amertume. Vous avez parfois de ces mots qui glacent et qui désenchantent.
» — Moi ! Comment?
» — Vous le demandez ! »
Et Wenemare n'ose poursuivre. Il essaie en tenant sa langue captive d'assourdir un instant en lui ces cordes de l'âme qu'il ne peut toucher sans effroi pour autrui, ces voix du cœur qu'il ne peut faire vibrer sans péril pour lui-même.
La nièce d'Hamstède a repris :
« — Vous êtes inexplicable pour moi.
» — Que ne l'êtes-vous aussi pour Urbin ! Je voudrais ne pas vous comprendre. Hélas! cette moitié de mon être, vers laquelle l'autre s'élançait depuis long-temps, je la