‹ Le brasseur roi;Chapitre 30 sur 141 · CHAPITRE III. b'i · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. b'i

croyais un don du Très-Haut , un gage d'éternel bonheur ; le ciel m'aurait-il abusé ? Dieu ne tient-il plus ses promesses? Je vous parais peut-être insensé, mais je ne comprends l'amour que comme un entier dévouement , un échange de sacrifices.

Parlez sans détour , Néolie ; pouvez-vous aimer comme j'aime ?

» — J'ai fiancé mon âme à la vôtre, répond la jeune fille attendrie. La première fois que je vous vis, quelque chose me dit : le voilà, et, tout d'abord, vous me fûtes cher; mais dans mes rêves, peu après, vous m'apparûtes le front pâle, les habits sanglans , l'air funèbre. Etait-ce un noir pressentiment ! Ne m'annonçait-il pas qu'en avançant dans la vie, j'aurais à redouter votre approche? Oui, j'ai un cœur fait pour aimer; mais j'ai pu mal choisir.... et j'en tremble. »

Un frisson courait dans ses veines.

« — Non , dit le soldat d'Artevelle ; tu n'as pu faire un choix funeste. Je suis fort , j'ai un bras d'airain; celle que j'ai prise sous ma garde n'a plus rien à craindre icibas. Tu disposeras de ma puissance comme d'un bouclier. Mon amour, colonne de feu marchant devant toi , dévorera tout ce qui oserait se placer en travers sur ton passage. Sois faible , ingénue , effrayée ; oui , je t'aime ainsi, jeune fille; la vigueur serait un contre-sens dans tes charmes si gracieusement timides. Aie confiance au cœur qui t'adore ! pardonne-lui sa fougue insensée ! prends-moi tel que Dieu m'a créé ! mais ne sois qu'à moi, Néolie! qu'à moi, l'entendstu bien? qu'à moi seul ! Sais-tu ce qu'est la jalousie ?... Non : car tout à l'heure, en me parlant de Marguerite, ta voix était calme et sans chaleur ; ce n'étaient pas là mes

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