‹ Le brasseur roi;Chapitre 3 sur 141 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

moyen âge, l'autre un soldat de haute stature.

Bertrade s'est agenouillée sur un siège en forme de prie-dieu, plaeé à l'un des angles de la chambre. Urbin Wenemare, assis près d'un foyer à peu près éteint, remue machinalement entre ses doigts un missel à fermoirs en vermeil. L'une est aux espérances du ciel, l'autre est aux passions de la terre.

Bertrade avait jadis été belle : son port était plein de noblesse, son langage était doux et grave; mais il lui était sans doute arrivé de grands malheurs, car sur ses traits flétris avant l'âge, on eût pu lire : « Inconsolable. » Bertrade était une puissance en Flandre. Sa générosité , ses vertus et sa piété l'avaient fait adorer du peuple. Pèlerine infatigable, elle avait beaucoup voyagé; il était peu d'églises flamandes qu'elle n'eût

visitées; et ses nombreux amis, professant pourelleune vénération superstitieuse, ajoutaient foi à ses paroles comme à un arrêt du destin.

Elle aimait à vivre dans la retraite, mais elle n'avait point, d'habitation fixe. Sa fortune passait pour immense, mais elle ne possédait aucun domaine. D'où lui provenaient donc ses richesses?....

Son opulence , du reste , ne se faisait remarquer ni dans son costume ni dans ses habitudes ; elle ne choisissait point des palais pour demeure; elle ne s'entourait point de nombreux domestiques; elle portait habituellement une robe simple , de couleur brune ; et ses trésors , à source cachée , prodigués aux malheureux seuls , n'existaient de fait que pour eux.

Sa vie de bienfaisance et de sainteté l'avait mise en rapport avec des prélats et des

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