CHAPITRE III
accens; et pourtant tu m'aimes, n'est-ce pas ? »
Wenemare était dans un de ces rapides instans de la vie où l'amour , tout inspiration et poésie, donne à la parole de l'homme une puissance irrésistible. L'orpheline se livre ingénument au charme qui l'entraîne vers le neveu de Gérard Denys. Leurs sentimens passionnés semblaient s'épurer à mesure qu'ils devenaient plus vifs. Leurs caresses d'une chasteté voluptueuse n'avaient nulle effervescence coupable ; ils sentaient le besoin de se conserver sans tache aux yeux l'un de l'autre pour que l'amour fut
véritablement un ravon du ciel dans leur j
vie. Il entrait de l'innocence virginale jusque dans leurs protestations délirantes. Urbin, ce farouche soldat dont le sang impétueux bouillonnait à la moindre contradiction , Urbin, devant la douce Néolie,
n'avait ni volonté, ni force; elle le calmait d'un seul geste, elle le subjuguait d'un seul mot.
Le temps a fui comme un e'clair.
(( — Néolie ! il faut te quitter, dit Wenemare avec douleur. Yan Artevelle m'a fait mander auprès de lui : je puis être utile à sa cause, et mon bras lui est dévoué. Mais d'où vient la terreur secrète que j'éprouve aujourd'hui pour la première fois en songeant à m'éloigner de ta demeure ! J'ai un étrange serrement de cœur. Quelque malheur nous menacerait-il ? Je ne sais pourquoi , je frémis. Si tu allais cesser de m'être fidèle !.... O Néolie! que deviendrais-je ? peut-être, je m'en sens capable, je jurerais de t'immoler; et alors.. . alors tu mourrais. »
Sa voix était âpre et sauvage.
« — Où m'égaré-je! a-t-il repris. Pourquoi prévoir des trahisons. Néolie, tu m'as