CHAPITRE IV
Je sais ce qui se passe au palais. Le gouvernement usurpateur a eu beau faire à genoux le tour des frontières, en implorant, tête nue et front baissé^ la merci des princes voisins, et en saluant avec componction toutes les exigences étrangères, la paix tant désirée lui échappe (4).
» — Que disent les ambassadeurs ?
» — Ils jouent le même jeu qu'Artevelle : c'est un assaut de fourberies. Point de guerre! est leur grand mot d'ordre. Ils complimentent la révolution , et celle-ci leur fait la révérence : c'est pitié que telle parade.
» — Gérard! dit un nommé Cœur-d Acier, capitaine de compagnies franches,
(1) Froissard. — Hist. générale de Belgique, t. 3. — Mènerai , in-fol., t. 1. — Velly.
croiriez-vous que Jacque a osé demander tout à l'heure à divers ambassadeurs une princesse en mariage pour son fils premier né, Philippe? Le garçonnet a soif de noçailles, et il lui faut des filles de roi. L'Europe en fera faire à sa taille (i).
» — Oh! oh! a reparti Steenbeke; les envoyés des cours étrangères ont dû faire plaisante mine.
» — Pas un n'a éclaté de rire. Ils ont tous gardé leur sérieux en gens rompus aux facéties; et la royauté bourgeoise, gonflée de reconnaissance, a promis derechef à ses principaux alliés d'aplatir et d'écraser
(i) Et cependant, avant d'arriver au pouvoir, Artevelle disait au peuple pour lui complaire et le caresser : « Quand vous me verrez bâtir des palais , ou vouloir marier mes enfans à des puissances, ne vous fiez plus à moi.» — Oudeglierst, t. 2. — Van Praet, Hist. de Flandre, t. 2, p. 5o.