CHAPITRE IV
chaque jour un peu plus la tourbe populacière , qui ose encore parler de liberté après s'être créé un tyran ! Mort de Dieu ! nous a-t-il dupés ! »
Une femme, mêlée dans les groupes, a questionné Jean de Steenbeke.
« — Connaissez-vous Philippe Artevelle?
» — Fort peu : c'est un coureur d'aventures. Habile pêcheur à la ligne, il aime la bombance et les belles (A).
» — Je lui croyais déjà une femme.
» — Erreur : il n'a qu'une maîtresse.
» — Où est-elle?
» — Il la tient cachée.
(1) « Philippe Artevelle, d'une des fenêtres de son » hôtel , situé sur le penchant de la montagne Saint- » Pierre , passait une grande partie de sa vie à pêcher » à la ligne dans l'Escaut. » — Auguste Voisin, Notice historique sur G and , p. 36.
go LE BRASSEUR ROI.
» — En quel endroit?
» — Peu nous importe. »
Cette brusque réponse a mis fin aux interrogations de l'inconnue. Elle s'éloigne de Steenbeke; et, tirant Gérard Denys par le bras , elle lui glisse tout bas ces mots :
« — J'aurais à vous parler en secret.
» — Qui êtes- vous ?
» — Une amie : Bertrade. »
Et la noble veuve a soulevé un coin de la mante qui voilait à demi ses traits.
« — Bertrade! a répété Gérard. Vous ici ! disposez de moi. »
Ils percent la foule, et se dirigent vers un quartier moins populeux. Puis^ seule avec l'oncle d'Urbin, la veuve continue ainsi :
« — Vous connaissez ma vive tendresse pour le jeune Wenemare, le fils de votre sœur. Il vous aimait.
» — Il m'est toujours cher.