CHAPITRE V
» — Ne vous reverrai-je plus?
» — Je ne rentrerai sous ces murs , que pour y saluer le comte de Flandre , notre souverain légitime.
» — Vous croyez à son triomphe à venir?
» — Reward! j'étudie le présent : les temps futurs s'y montrent visibles.
» — Le peuple, qui m'a choisi pour maître , oserait-il renverser son ouvrage ?
» — Le peuple , en t'abandonnant , ne fera qu'imiter ta conduite : tu lui as manqué le premier, il ne sera félon qu'après toi.
» — Je le crains peu, j'ai su le dompter. Vous ne connaissez pas le peuple, Bertrade: il méprise un roi paternel , il se prosterne devant un chef sans pitié. J'étais l'homme qu'il lui fallait. Si la tourbe insurrectionnelle s'avise encore de remuer, je lui ôterai mouvement et vie. La fourmilière qu'on
n8 LE BRASSEUR ROI.
écrase jette, il est vrai , des odeurs fétides; mais pourvu que ce qui pue n'empoisonne pas , pourvu que ce qui fait tache ne fasse pas entrave , le gouvernement , le commerce et la société n'en feront pas moins leurs affaires comme auparavant. Il est des nécessités qu'il faut subir : ma puissance est ici , maintenant , la première de toutes. Le peuple, quand on sait le manier , ne barre rien , n'est en travers de rien ; il n'a qu'une volonté négative, et qu'une intelligence hébétée; on ne souffre point qu'il se redresse : on le renverse, et on l'enjambe; puis l'ordre règne, et tout est dit.
» — Jacque! voilà de la franchise; je te comprends ; mais , prends - y garde ! le monde est en progrès de lumières ; la civilisation, comme la morale , est un élément , et non une bouffonnerie. On peut la bafouer quelque temps ; mais elle, aussi, rira