CHAPITRE V. h y
à son tour. La justice et la légitimité assises sur les temps, et levant leurs hautes pensées par-delà les révolutions, voient déjà la Un de ton règne.
» — Puis, qu'annoncent-elles ? prophétesse ! dit le Brasseur Roi d'un ton ironique : grand désordre ?. . .
» — Grand châtiment.
» — Infligé sans doute au royaume ?
» — Non, Rewardj à l'usurpateur. »
La pluie tombait à torrens ; le ciel était chargé de nuages épais, que le vent des tempêtes poussait confusément , d'un horizon à l'autre , dans les vastes champs de l'espace. Le long roulement de la foudre
i22 LE BRASSEUR ROI.
se confondait, sur les côtes d'Ostendc, avec le sourd bruissement des mers. C'était une de ces nuits de désastres et de naufrages dont les marins eux-mêmes s'effraient.
Quelques pêcheurs réunis sous un hangar sauvage , à peu de distance de l'Océan , séchaient leurs habits, trempés d'eau, devant un foyer pétillant. Plusieurs soldats de compagnie franche, leur capitaine Cœur-cC Aciei', trois ou quatre ouvriers de Gand, deux marchands drapiers voyageurs, et un vieux dominicain, étaient venus se réfugier dans la même enceinte. L'orage continuait à gronder ; l'aube du jour ne paraissait point encore. Les deux commerçans, égarés de leur route, déploraient les catastrophes que pouvait occasionner la bourrasque aux navires sortis du port; les pêcheurs, couchés sur des nattes, s'étaient endormis à l'écart ; les routiers fumaient et juraient ; les