‹ Le brasseur roi;Chapitre 6 sur 141 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

lui toute une vie passée, présente ou future, de passions, de contrastes et de souffrances. Son regard s'éteignait parfois ; puis il lançait des jets de lumière : on eût dit qu'une lièvre intérieure en dirigeait les feux au dehors. Urbin était du nombre de ces hommes à œil fascinateur qu'une femme n'oublie jamais quand cet œil s'est fixé sur elle. Il régnait en lui je ne sais quelle vertu magnétique qui attirait les sentimens d'autrui dans le cercle de sa volonté. Les esprits du bien et du mal semblaient le guider conjointement, et laissaient douter au public à quelle puissance il appartenait réellement. Ses infatigables pensées, une fois sorties de son âme, étaient incapables de jamais rebrousser chemin. Un serment, prononcé par lui, était une destinée faite d'avance; il fallait, quel qu'il pût être, que ce serment fût accompli; et, selon lui, sur cette terre,

io LE BRASSEUR ROI.

il n'y avait aucune volonté de l'imagination

où la force humaine ne pût atteindre.

Le jeune soldat s'est levé.

« — Bertrade, je vous remercie. Vos conseils sont bons, je le sens; mais il me serait impossible de les suivre. La jeune fille que j'adore causera peut-être ma perte , c'est possible; sa beauté... mes transports jaloux... tout est, pour moi, dangers auprès d'elle. L'amour, j'en conviendrai aussi avec vous, l'amour qui brûle mon sang dans mes veines est plus qu'un sentiment, plus qu'un joug : c'est la fatalité, c'est l'enfer. Eh bien! n'importe; cette fatalité, c'est pour moi la vie : cet enfer, c'est mon ciel, à moi. Je ne veux rien de plus, rien de moins. Cela seul, seul; pas autre chose.

» — Pas autre chose , Urbin ! et la Flandre ? et ton dévouement au pays ? »

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