CHAPITRE I. ii
Wenemare a redressé son front avec une mâle fierté.
« — Mon bras et mon épée sont à lui.
» — Dis plutôt à Jacque Artevelle (1).
» — Parlons de Né olie, Bertrade.
» — Insensé! Sais-tu qui tu aimes? astu étudié ton idole ?
» — Etudie-t-on ce qu'on adore! l'étude veut la réflexion : pourrais-je réfléchir auprès d'elle ! Ah ! vous n'avez donc jamais aimé , vous qui croyez qu'on peut faire de l'observation dans du délire, et du calcul dans la passion ! Il est possible , me disiezvous tout à l'heure , que mon idole un jour se décompose à mes regards, et tombe en
(i) Une grande quantité de notes historiques était au bas des pages du Brasseur Roi; l'éditeur a cru devoir en supprimer une partie, pour ne pas trop distraire et fatiguer l'attention du lecteur : on n'a laissé que les notes indispensables. ( Note de l'éditeur. )
ignoble poussière : oh! si pareille ehosc advenait , adieu rêves et paradis! plus d'enchantemens, plus de femme ! il me faudra des guerres, du sang, je ne sais quoi d'actif et de chaud, des haines, des crimes peutêtre! un si vaste vide à remplir ! Mais pourquoi prévoir ces horreurs ! En quoi Néolie, fleur gracieuse jetée sur mon passage , a-telle pu vous sembler imparfaite? Je me laisse aller, en l'aimant, au flot qui me pousse et* m'enivre. Est-il une vertu qui lui manque !
» — Attendons le jour des épreuves. Je la connais; je tremble pour elle. Etes- vous aimé, Wenemare?
» — Elle est trop pure pour me le dire.
» — Des chevaliers de haute fortune ont mis à ses pieds leurs hommages.
» — Néolie les a repoussés. Plusieurs