CHAPITRE VI
gneurie ; elle vient de changer de patron : Jacque l'a donnée à Bertrade. »
Le dominicain, défaillant, a poussé une plainte lugubre ; on eût dit un dernier soupir.
« — Quelle est cette Bertrade? interrompt l'autre commerçant ; serait - ce la noble veuve d'Everghem?
» — Elle-même, dit Cœur d'Acier.
» — On dit, c'est chose assez singulière, qu'elle commande au Brasseur Roi.
» — Oui, réplique le capitaine, et Jacque tremble devant elle. Hier soir elle est arrivée à la maladrerie. Je compte la voir aujourd'hui.
» — Moi aussi , murmure le prêtre , si du moins j'ai un jour à vivre.
» — C'est douteux, répond l'homme d'armes : le Très -Haut, je crois , vous attend ; j'ai même idée qu'il s'impatiente.
i3o LE BRASSEUR ROI.
» — Connaissez-vous Bertrade, messire?
dit le drapier au capitaine.
» — Sans doute. Mes soldats sont à elle. Je suis vassal de sa seigneurie : je vais aller prendre ses ordres.
» — Est-ce qu'elle aurait besoin de vos services? a repris le dominicain. La noble veuve est peu guerrière.
» — Frocard ! occupez - vous de vos psaumes ; préparez un De profundis , on le chantera pour vous avant peu.
» — Capitaine! dit un pêcheur, que deviennent nos anciens princes ?
» — Ce n'est pas l'heure d'en parler.
» — Reviendront-ils ?
» — Jamais assez tôt. Laissons d'abord s'user le tyran. »
Le dominicain s'est levé ; mais à peine peut-il remuer ses membres. L'horizon com-