CHAPITRE VI. x
Louis de Maie , au moment où les vagues de la mer engloutissaient le vaisseau qui devait le débarquer près d'Ostende, s'était senti saisir par une main toute puissante. Un homme, aux proportions colossales, au teint brun, au regard farouche, ne l'avait pas quitté un instant. Le prince était sur le point de périr: déjà les flots salés avaient coupé le passage à sa respiration, déjà les abîmes de l'Océan allaient lui servir de tombeau, lorsqu'une voix énergique, s'élevant, au-dessus des bruits du naufrage, comme pour répondre à la mort qui réclamait une illustre proie , s'était écriée : pas encore !
Le prince avait perdu connaissance; mais un reste de vie et de force lui laissait le vague sentiment de ce qui se passait autour de lui pendant l'absence de ses facultés. Ses yeux, bien qu'à moitié fermés, voyaient les gouffres de la mer ouvrir un magique
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passage au soldat libérateur qui , d'une main le soutenait, et de l'autre fendait les flots. Ces mots étranges : Pas encore ! tintaient comme une cloche de salut au milieu de l'arfreux cauchemar sous lequel sa pensée se débattait convulsivement. Le malheureux était immobile, anéanti ; mais il sentait néanmoins que quelque chose de plus fort que l'Océan le soulevait au-dessus des ondes , le tournoyait dans l'ouragan et le roulait hors des rescifs. Son cœur reconnaissait instinctivement l'athlète invulnérable qui lui soumettait la nature. Une volonté de fer semblait briser pour son salut les décisions de la tempête, éclairer les nuits du désastre , et crier, halte! aux vents du naufrage. C'était Urbin qui le sauvait.
L'héritier des comtes de Flandre est