CHAPITRE VI. i
étendu sur le sable du rivage, non loin de la forêt d'Oudenbourg. Une assez longue interruption de bruit et de mouvement l'a retiré peu à peu de son engourdissement léthargique : Urbin est à genoux près de lui; et , réchauffant ses mains dans les siennes , il l'appelle des plus doux noms.
Louis se précipite à son cou.
« — Oh oui ! s'écrie-t-il, pas encore ! Tu l'as demandé, l'on t'exauce. Je dois vivre, et c'est pour t'aimer. »
Urbin frissonne à ces paroles. Son visage, beau d'énergie et de souffrances , s'est détourné du jeune Louis avec l'expression du désespoir.
« — Réponds ! que j'entende ta voix ! a repris le comte de Maie, cette héroïque voix qui commandait tout à l'heure aux élémens déchaînés. Je te dois la vie, Wenemare ! Oh ! je me sens disposé à remercier
i4o LE BRASSEUR ROI.
L'orage; il aura resserre nos liens, il nous rend plus chers l'un à l'autre.
» — Mon prince ! . . . .
» — Dis donc : Mon ami ! »
Urbin a repoussé doucement l'héritier du trône de Flandre. D'horribles pensées , comme des serpens de feu , venaient s'enlacer en ce moment autour des émotions de son cœur, les tordaient et les étouffaient.
Le prince est debout sur la rive. L'Océan, la nuit, le naufrage, la pluie, l'ouragan, le tonnerre, rien de ces objets ne l'occupe; Urbin seul fixe son attention , il n'a qu'Urbin devant les yeux, il n'est qu'Urbin qui l'épouvante.
<( — Quels regards ! s'est-il écrié. Mon compagnon, mon frère^ qu'as-tu? — Dieu et toi vous m'avez sauvé , et l'horreur se peint
sur tes traits ! Reprends tes esprits ,
Wenemare. Remercions ensemble le ciel: