‹ Le brasseur roi;Chapitre 67 sur 141 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

toi, des forces qu'il t'accorda :moi, de l'ami qu'il m'a donné. »

Louis s'est jeté à genoux. Il a découvert sa jolie tête à blonds cheveux, dont la pluie a déroulé les boucles. Ses beaux yeux bleus se sont levés vers le ciel , au milieu du désordre des élémens , avec la piété du juste et la sérénité de l'ange. L'eau ruisselle de son front ; mais, bien que ses membres délicats tremblent de fatigue et de froid, il n'est point à ses maux, il prie.

Les vagues de la mer , poussées contre les rochers de la côte, se brisaient avec fracas à ses pieds. Urbin , pâle comme un fantôme, était là, seul, en face de lui, les bras croisés sur sa poitrine , immobile, droit et glacé. Il avait repoussé violemment hors de lui un ardent besoin de prière; et, regardant Louis prosterné, son œil, semblable à la voûte orageuse, lançait

des éclairs menaçans. Il se passait à la fois quelque chose de touchant et de monstrueux dans le cœur de cet homme étrange j il s'y mêlait amour et démence , haine et pitié , crime et vertu. Une détermination solennelle qu'il se figurait être un saint devoir , et qui s'était irrévocablement emparée de sa vie comme d'une possession assurée , le poussait sans miséricorde hors de ses affections et de ses principes , de ses vœux et de sa nature.

L'enfant des rois s'est relevé ; il a appelé Urbin d'une voix tremblante, il n'a obtenu aucune réponse. Son libérateur , tout à l'avenir de sang où il marche , n'entend pas même les bruits de la foudre; il ne prête l'oreille, au-dedans de lui-même, qu'aux appels de la trahison.

Sa taille athlétique se dessinait en noir sur les nuées grisâtres qui couraient rapi-

Page 1