‹ Le brasseur roi;Chapitre 70 sur 141 · CHAPITRE VI. i4y · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. i4y

Le prince a retiré son bras de celui de son guide avec un frémissement involontaire ; il a passé sa main sur ses yeux comme pour chasser une image horrible, qui aurait essayé de s'interposer tout à coup entre Wenemare et lui. Puis il a repris lentement :

« — Mon ami; parlons d'autre chose :

de tout — hormis de trahison. Parle moi,

comme au temps passé

» — De quoi?

» — De combats et d'amour , de tes jeunes années, de ta première passion, de

Néolie

» — De Néolie ! s'écrie Urbin d'une voix de tonnerre, Dieu terrible ! quel souvenir ! . . . qui met ici ce nom sur vos lèvres?... Ce nom ! savez- vous ce que c'est? c'est du sang , c'est du désespoir, c'est la vengeance, c'est la mort !

» — O ciel ! dit l'enfant royal , avec une terreur ingénue, et en reculant devant la figure bouleversée du soldat d'Àrtevelle. O ciel ! qu'un tel amour est horrible ! C'est vous , en ce moment , qui me faites l'effet de la vengeance ; c'est vous qui me semblez la mort ! »

Son cœur palpitait d'étonnement et de frayeur. Wenemare l'a saisi dans ses bras , et le presse contre son sein.

« — Mon jeune ami! mon prince! pardon ! Mes sens , qu'a troublés la fatigue.. . Oh ! je vous aime avec passion ; mais votre sort me fait trembler , votre position m'épouvante. Ce que je sens ne peut se dire. Si vous saviez ce que je souffre ! Ce sont les angoisses de l'abîme. Je périrais pour vous mille fois... avec transport... avec bonheur. Dieu ! que n'ai-je été englouti dans ces vagues sans pitié qui nous poussaient

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