CHAPITRE VI. i5i
Le prince a repris sa gaîté. Il examine les sombres objets qui l'entourent avec cette joyeuse insouciance du débutant de la vie, qui rit des soucis du présent , parce qu'il se fie aux promesses de l'avenir, et qui, à l'entrée de sa carrière , croit voir l'infini devant lui.
« —Quelle réception me fait mon pays ! dit Louis à son compagnon ; il m'offre ici une espèce de tente patriarchale, dans toute la simplesse des premiers âges. Cela l'aura mis peu en frais : mais rien n'est plus touchant, selon moi , que l'hospitalité du désert. »
Et le fils des rois souriait.
Sa candide jeunesse se faisait déjà à l'existence aventureuse où le sort l'avait réduit. Louis commençait même à trouver un certain attrait dans les dangers dont il se
i5a LE BRASSEUR ROI.
voyait environné : il aimait à penser qu'il se rendait digne d'une destinée de souverain, en l'achetant par les épreuves du brave ; et là , naïf adolescent , il s'égayait sous le malheur comme il eût joué sous la pourpre.
(( — Yoici une besace oubliée ! continuet-il en se levant. Voyons!... C'est quelque don du pays, c'est quelque attention délicate. Ouvrons-la... Du pain! du fromage!
A merveille ! j'allais avoir faim. Rien ne manque à l'accueil flamand : un palais , et point d'importuns ; un banquet et peu de convives ; nulle étiquette, et un ami. »
Urbin écoutait les paroles enjouées du prince avec une distraction douloureuse.
Il le contemplait avec une compassion mélancolique, où régnaient à la fois l'absence de la réflexion et les rêveries du sentiment.
« — Mange donc aussi, dit le comte.;