CHAPITRE VI. i
c'est du pain noir, mais il est bon; et puis c'est le pain du pays, le pain de ma terre natale : je n'aurai jamais mieux déjeuné.
» — Aimable prince!.... affreux serment!.... murmure tout bas Wenemare.
O patrie!.... mon Dieu! — qu'ai-je fait!
» — JN'est-il donc jamais fête chez toi? poursuit Louis d'un ton caressant ; n' es-tu voué qu'aux noires pensées? Moi, je ne saurais long-temps être triste. Il me semble que le découragement, la frayeur et la consternation ne sont à leur place que chez le crime. Ils nous vont mal, à nous! chassons-les. »
Le front du soldat d'Artevelle a pris une expression plus singulière que jamais; le ravage amer de la pensée y a subitement imprimé sa trace ; et, prononcés d'une voix brève, ces mots ont tombé de ses lèvres :
« — Vous croyez-vous ici en lieu sûr ?
» — En lieu sûr ! répète le comte ; je n'en sais rien, Wenemare. Où suis-je?
» — Sur un territoire ennemi.
» — Nommé?
» — La seigneurie d'Oudenbourg.
» — Quel en est le maître?
» — Artevelle.
» — Je n'en ai pas peur : tu es là. Il me semble que tu m'arracherais au démon luimême quand toutes ses légions fondraient sur moi. Tu es si fort! qui peut te vaincre! Et puis, j'en ai le pressentiment certain, je ne périrai pas de la main d'un vil brigand. Le Ciel qui protège la Flandre m'a conservé pour son salut : j'y régnerai , Urbin, j'en suis sûr. Je suis appelé à punir les iniquités et à réparer les désastres. J'ai supporté les maux de l'exil , j'échapperai aux poignards de la trahison.