CHAPITRE VI. xSy
d'une bête fauve. Le prince , vivement alarmé , attribue son fougueux délire à une fièvre intérieure, aux suites d'un excès de fatigue. Et là, sous l'abri des forêts, quand c'est sa vie qu'Urbin menace , c'est celle d'Urbin qui l'inquiète.
Il est parvenu cependant à calmer ses bizarres frénésies. Wenemare, que ses combats au-dedans de lui-même ont plus épuisé encore que sa lutte avec les tempêtes, consent, à la prière de son compagnon de naufrage, à s'étendre quelques instans sur les nattes de jonc des pêcheurs. Il sentait défaillir ses forces; un voile s'étendait sur sa vue. L'infortuné s'est endormi.
Mais quel assoupissement agité ! Il se débat dans son pénible repos comme sur des charbons dévorans. Des mots entrecoupés
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et rudes s'échappent de sa poitrine haletante. Il est entre les serres d'un de ces noirs génies qui poursuivent l'humanité jusque dans ces interruptions de la vie qu'on nomme le sommeil. Le comte de Maie cherche en vain à démêler, à travers le désordre de ses exclamations, l'horrible pensée qui le poursuit : l'énigme reste inexpliquée.
Plus d'une heure s'est écoulée. Urbin se réveille et se lève. L'amitié a veillé sur lui.
Louis presse sa main dans la sienne.
« — Tu viens de dormir sous ma garde.
» — Oui. J'étais sous celle d'un ange. Oh ! j'avais bien besoin de repos.
» — Souffres-tu?
» — Moins que ce matin.
» — Partons-nous?