CHAPITRE VI. i6g
» — Partir !
» — Il le faut. Le vent souffle avec moins de rage. Tâchons de retrouver notre route. »
Ils sortent du hangar isolé. Un sentier , percé dans le bois descend vers de lointaines prairies : ils en ont suivi les détours.
La pluie avait cessé de tomber ; mais que d'obstacles à leur marche ! des arbres renversés par l'ouragan , des ravins creusés par l'orage, les contraignaient à tout moment de revenir sur leurs pas , de changer de direction et de cheminer à l'aventure. Le fils de Flandre, peu accoutumé à la dure, et d'une complexion délicate, sentait chanceler son courage : il ne se traînait plus qu'avec peine.
Se dissimulant sa faiblesse , il s'efforçait d'en triompher.
« — On s'accoutume au mal , disait-il ; le corps s'endurcit aux fatigues. Demain, n'est-il pas vrai, Wenemare! je serai plus fort qu'aujourd'hui ?
» — Si vous aviez dormi comme moi...
» — Je n'en serais pas plus reposé. Saistu que ton sommeil ne faisait pas envie ! j'en étais harassé pour toi. Tu gesticulais avec emportement, tu parlais avec véhémence....
» — Je parlais !
» — Tout haut.
» — Que disais-je ?
» — C'était peu facile à comprendre.
Un nom cependant m'a frappé. Comment est-il venu sur tes lèvres ?
» — Un nom ?....
» — Celui de Marguerite. Tu as ajouté de Bradant. "Connaîtrais-tu cette princesse ?