CHAPITRE VI. i
pouvez- vous former un tel vœu. Vous !
donner un cœur vierge et pur pour une
âme usée et flétrie ! Ah ! si vous
connaissiez à fond ce que j'ai été, ce que je suis, ce que je puis être, vous reculeriez consterné. Entre ma jeunesse sans tache et mon avenir sans rayons, il s'est élevé des paroles de flamme et de mort ; et ces paroles ont tout jeté en cendre à mes pieds, le passé comme le futur. Ma vie n'est plus qu'un champ de ruines.
» — Confie-moi donc tes peines secrètes; ma tendre amitié, cher Urbin ! ne pourraitelle les adoucir? Je sais déjà que c'est la perte d'un objet adoré qui a commencé tes longues afflictions; mais ton malheur n'est pas sans remède, et quelque jour, tu me l'as dit, Néolie te sera rendue. ..
» — Arrêtez ! s'écrie Wenemare; ce que
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vous repétez là est horrible; j'en ai les cheveux dressés sur ma tête. Regardez ! je frissonne encore. Oui, Néolie doit m' être rendue; mais où! mais quand! mais à quel prix!... Est-ce connu ? le savez-vous? »
Sa voix , en prononçant ces mots , avait pris quelque chose d u sifflement d'une hydre . Sa respiration était coupée; son œil, devenu terne, était comme fixé, en avant de lui, sur un spectre près d'apparaître. Il a frappé son front avec violence ; puis , pressant le pas, il s'éloigne.
Le comte a essayé de le suivre.
« — Etrange amour ! murmure-t-il. Ce n'était pas ainsi que je me représentais cette tendre passion du cœur qui charme le printemps de la vie ; je ne comprenais pas ses traverses comme une route ouverte aux fureurs, avec nécessité de vengeances. Mar-