‹ Le brasseur roi;Chapitre 79 sur 141 · CHAPITRE VI i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI i

guérite est belle, je l'aime : elle doit devenir ma compagne: je pense à cette époque avec joie; mais si le sort me l'enlevait, j'en gémirais sans frénésie : mon sentiment n'est point une rage. »

Wenemare avait écouté.

« — Vous n'aimez point d'amour ! » répond-il.

« — Non, pas à ta façon, Dieu merci ! » Le soldat d'Artevelle a continué à fendre les airs avec une rapidité croissante. Rien ne l'arrêtait dans sa course ; il gravissait les monts, enjambait les ravines, traversait les flaques d'eau , et ne s'apercevait pas que son frêle compagnon de route, resté en arrière, hors d'haleine , n'ayant ni son corps ni son âge, n'était plus de force à le suivre.

Une voix plaintive l'appelle.

« — Urbin ! . . . . la lassitude m'accable. »

i66 LE BRASSEUR ROI.

Louis est assis sur un tertre : il lui est impossible d'aller plus loin. Wenemare s'est retourné précipitamment : il est accouru à son aide.

« — Un peu de courage , mon prince !

J'aperçois là-bas un hameau ; vous y reposerez cette nuit.

» — Et nos ainis qui m'attendaient : où sont-ils ?

» — Sur une autre route. Nous devions débarquer ailleurs.

» — Pourrons - nous demain les rejoindre?

» — Pensons d'abord à aujourd'hui.

» — Ne suis-je pas attendu, prçs d'ici, à la maladrerie d'Oudenbourg ?

» — Oui, vous y êtes attendu, répond Urbin d'un ton lugubre. A jour fixé... vendredi saint. Oui; mais il faut y arriver. Y arriverons-nous !

Page 1