CHAPITRE VI
» — Dieu le veuille !
» — Mais le voudra-t-il ?
» — Dieu est juste. »
Weneraare a aidé le jeune prince à se relever. Il le soutient, ou, pour mieux dire, il le porte; et, tout à son fardeau précieux, il se dit tout bas à lui-même :
« — Ne lui parlons plus; c'est assez. Le ciel ou l'enfer lui choisit ses expressions. Son langage lui est dicté ; les mots qu'il prononce me brûlent. »
Le comte Louis de Maie et le soldat d'Artevelle arrivent à une petite ferme éloignée de toute habitation. Elle était située au pied d'une montagne , et entourée de champs fertiles; un ruisseau traversait ses jardins ;
i7o LE BRASSEUR ROI.
et elle paraissait appartenir à quelque laboureur jouissant d'une honnête aisance.
La maison principale était grande, à deux étages, et entretenue avec soin. Trois générations l'occupaient : une villageoise veuve et sans enfans, son père, vieux soldat flamand, et une aïeule centenaire.
Les habitans de la ferme ont ouvert leur porte hospitalière aux deux voyageurs inconnus. La jeune veuve, Anne Mathys, tout entière à ses occupations agricoles, s'est peu occupée des nouveaux venus; elle en a laissé le soin à son père Keruel, qui, ancien guerrier, couvert d'honorables blessures, aime à jaser au coin de son feu, et souffre habituellement de la goutte. Keruel, né de parens autrefois riches , reçut une éducation distinguée. Il est brusque en ses manières; sa franchise tient de la ru-