‹ Le brasseur roi;Chapitre 81 sur 141 · CHAPITRE VII. i7i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. i7i

desse; mais son âme est la loyauté même, et sa carrière fat sans tache.

Le fils de Flandre a paru vivement touché de l'accueil du bon laboureur. Keruel l'a engagé à prendre part à son repas; il lui offre un lit à sa ferme. Le prince est sous un toit protecteur.

L'attention de Wenemare s'était portée sur Barbe Keruel , la centenaire du logis. Cette femme, au visage décrépit, était assise, droite et immobile, au fond d'un énorme siège dont elle semblait faire partie. Son fils et sa petite-fille l'entouraient de soins et d'égards avec une vénération scrupuleuse qui tenait de la dévotion. Barbe était pour eux une relique sacrée , un talisman conservateur, une sauvegarde inviolable. Ils écoutaient ses rares paroles, souvent dénuées de tout sens, comme on prête l'oreille aux

arrêts d'un juge suprême. Quand sa raison lui faisait complètement faute, sa démence sentencieuse était prise pour une inspiration prophétique ; et, en effet, soit qu'elle eût été douée de la seconde vue des Ecossais, soit qu'elle fût une véritable privilégiée de la Providence, Barbe , dans ses divagations, traversait parfois l'avenir.

Sa personne et sa figure, assez semblables en leurs formes rudes et heurtées à celles des saintes d'un portail gothique, inspiraient une sorte d'effroi religieux; il y avait en elle , en-deçà du tombeau, un je ne sais quoi qui était au-delà de l'existence.

Sa main, constamment raide et glacée, communiquait le froid du sépulcre. Ses yeux luisans, froids et hagards, n'avaient ni questions ni réponses. Sa voix était fêlée comme le timbre d'une chaudière brisée.

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