CHAPITRE VII. i
Son corps, dépourvu de chair, était tellement desséché qu'aux moindres mouvemens un peu brusques, les os de ses membres craquaient , comme si le squelette allait se disloquer. On eût dit alors, tant il y avait de prestiges funèbres autour d'elle, qu'il tombait sous ses pas descendres, et que dans sa solennité muette, il tintait la cloche des morts.
« — Prenez place à table, jeune homme, dit Keruel au comte de Maie. Vous êtes pâle, il vous faut des forces ; voici un flacon de vieux vin.
» — Non , répond l'auguste proscrit; j'aime mieux la bière flamande , la boisson du pays natal. J'y reviens avec tant de joie!
» — Vous l'aviez donc quitté , le pays ?
demande Keruel étonné. Quoi! si jeune!
D'où venez-vous ?
» — De France.
» — Et vous êtes flamand ?
» — Nul ne peut m'enlever ce titre; il m'est plus cher que tous les autres.
» — Que tous les autres ! répète le soldat en regardant le prince avec attention . Vous parlez là en fils de grand seigneur , en héritier de suzerain. »
La centenaire a fait un geste, et ce geste a commandé le silence. Son regard sec et profond n'avait pas quitté le comte de Maie depuis son entrée à la ferme. Elle lui adresse la parole.
« — Noble enfant ! salut ! que Dieu t'aide! »