CHAPITRE VIL i
» — Il n'en paraît plus sur ma table ; j'ai pris en haine ce breuvage. La bière est aujourd'hui dégradée.
» — Par quelle raison ? depuis quand?
» — Depuis qu'un brasseur s'est fait roi. » — Est-ce vraiment un roi?
» — Il croit l'être. Cependant, comme il voit que tout ce qu'il touche s'avilit , et que tout ce qu'il bâtit s'écroule , il appelle les Anglais à son secours ; et Edouard est attendu sur nos rives. L'usurpation sacrifie toujours à la peur, c'est d'usage. Au reste , Artevelle a la conscience assez large pour entasser chez lui les bassesses sans qu'elles y débordent par-dessus les crimes. Singulier vase d'iniquités ! plus on l'emplit , plus il est creux. »
Anne Mathys est revenue près des convives. Son front est pâle et soucieux.
i8o LE BRASSEUR ROI.
(( — Mon père ! dit-elle au fermier, le dominicain qui nous a demandé asile il y a quelques heures, et qui nous a paru si malade, est presque à ses derniers momens. Votre mère est auprès de lui ; elle assure qu'il va mourir.
» — En ce cas , ma fille, il est mort. » — Que faut-il faire?
» — Prier pour lui.
» — Barbe dit qu'il souffre beaucoup; il a une soif dévorante.
» — Qu'a-t-il bu ?
» — Deux cruches de lait.
» — Et pas un mire en ces contrées !
» — Il a la fièvre et le délire. L'agitation de ses esprits est plus violente encore que celle de ses membres. Une voudrait pas rendre l'âme, dit-il, avant d'avoir révélé un secret important, dont dépend la vie d'une