‹ Le brasseur roi;Chapitre 86 sur 141 · CHAPITRE VIL 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL 1S

femme. Il parle d'un dépôt sacré qui lui a été confié, de parchemins qu'il a à remettre; et rien ne peut calmer le désordre de ses sens. Il y a là quelque noir mystère. J'ai peur de cet homme... Venez. »

Keruel a quitté la table.

« — Allons visiter le malade. »

Et ses hôtes ont monté avec lui l'escalier en bois qui conduit à la chambre du dominicain.

Le prêtre est étendu sur un lit : c'est le même , qui , peu d'heures avant , priait sous le hangar des pêcheurs. Les couleurs du trépas sont empreintes sur sa figure. Son haleine est brûlante et sèche. Un demiévanouissement qui vient de succéder à des spasmes prolongés , a coupé le passage à ses plaintes ; mais il y a prière dans son silence; et, à ses regards préoccupés d'un

i8a LE BRASSEUR ROI.

fait étranger à ses souffrances, on dirait que ce n'est pas pour lui, au lit de mort, qu'il crie tacitement : « Au secours ! »

Il est parvenu h se relever sur son séant à l'aspect de Keruel et de ses deux compagnons. Sa tête chauve et abattue s'est redressée avec effort. Un souffle pareil à celui de l'esprit de Job , a comme passé sur sa face; et, à l'instant même, un froid convulsif a paru faire craquer les jointures de ses os. Ses lèvres se sont entr'ouvertes.

« — Artevelle !... Jacque Arteveile. »

Puis il continue à voix basse.

« — Qu'il n'entre pas! tremblez qu'il n'écoute ! »

La centenaire a posé sa froide main sur le crâne du moribond. Ce contact funèbre entre deux espèces de squelettes, a paru établir de l'un à l'autre, une sorte de corn-

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