CHAPITRE VII
» — La noble veuve d'Everghem ?
» — Justement.
» — J'ai ouï parler d'elle. »
Le prêtre a tiré de dessous son oreiller un sac de cuir cacheté.
« — Prenez ce dépôt, poursuit-il; l'existence de Bertrade est attachée aux écrits mystérieux qu'il renferme. Vous n'ignorez pas que cette femme extraordinaire, arrêtant Artevelle dans sa carrière de tyrannie , est en Flandre une providence pour le malheur et une barrière contre le crime ; eh bien ! ses droits et sa puissance peuvent tomber détruits à jamais si ce dépôt s'anéantit. L'exécrable Jacque le sait Remettez ce sac à Bertrade.
» — Où la trouverai-je , mon père ?
» — A la maladrerie d'Oudenbourg.
>> — J'irai demain.
i88 LE BRASSEUR ROI.
» — Que Dieu vous protège ! »
Le vieillard s'est arrêté comme s'il étendait secrètement des paroles de bénédiction sur l'héritier des comtes de Flandre. Elevant ensuite la voix :
« — J'étais l'ancien ami de Bertrade, continua-t-il. Elle vint un jour déposer entre mes mains , au monastère que j'habitais , les papiers que je vous confie ; et je vis qu'elle était perdue s'ils tombaient entre les mains d'Artevelle, ou s'il réussissait à les anéantir. Je jurai à la noble veuve de ne jamais m'en dessaisir, de les tenir secrètement à sa disposition jusqu'à l'heure de ma mort, et de les lui rendre , sans délai , aussitôt que je verrais quelque danger à les conserver moi-même.
» Plusieurs années s'écoulèrent. Artevelle, continuellement à îa recherche de ces écrits,