CHAPITRE I. i
souffle de prophétie à travers un champ des ténèbres.
« — Il s'accomplit d'étranges choses, reprend-il d'un accent sauvage. De grands dangers en ce moment.... pèsent, en Flandre , sur quelqu'un. Tenez , touchez ma main : j'ai froid. Je viens de me sentir bouleversé comme doit l'être un homme, icibas, à l'approche d'une grande phase de sa destinée. Il y a eu des meurtres ce soir ; il a coulé du sang quelque part. »
Bertrade se lève effrayée.
« — Le chef des brasseurs est à Gand.
» — Je n'ai pas parlé d'Àrtevelle.
» — Vous pressentez des crimes, Urbin.
Quelque émeute a pu avoir lieu. Jacque est aujourd'hui le centre où se rattachent les fils qui font mouvoir brigands et rebelles. Il a déjà, en grande partie, révolutionné nos provinces ; il va maintenant ,
i6 LE BRASSEUa ROI.
sous les murs de la capitale , décorant la barbarie du surnom de sublimité, exploiter l'usurpation sous le titre d'affranchissement. Il réussira peut - être à s'élever du milieu des ruines, gros d'or, d'astuce et d'infamie : que l'ordre du Très-Haut s'accomplisse. Il est possible en effet que le bas peuple de nos cités, à la vue d'un chef sans croyances ni cœur, à l'appel d'un tyran sans foi ni loi, se juge assez bassement misérable pour croire que c'est là le maître qui lui convient. Eh bien ! que le brasseur soit son roi. C'est un homme à poignards et à torches: il laisse rarement vieillir ceux dont il attend l'héritage : cachots et potences lui plaisent (i) : mais l'avenir vengeur, il
(i) Mézerai, Hist. de France, in-fol., t. i , p. 769 et suiv. — Daniel, Hist. de France, in-4 , p. 3i3. — Froissard, chap. 3. — Meyeri, Ann. — Anquetil, Hist. de France, t. 2.